• Guy Ros "50 ans de cinéma américain" Spielberg l'ogre

     

    50 ans de cinéma américain   Spielberg l'ogre

     

     

    "50 ans de cinéma américain" Guy Ros 
    Guy Ros entame avec cet ouvrage le 3e tome d'une trilogie qu'il a consacré au cinéma américain qui a débuté en 1986 avec "La Fonction du cinéma occidentale", et "le Guide du cinéma américain" en 2001.


    Cet ouvrage historique analyse comment Hollywood victime de l'influence de la télévision et de ses erreurs stratégique va se retrouver dans une situation catastrophique qui va voir ses principaux studios démantelés.
    A la fin des années 70, une nouvelle génération de cinéastes amoureux d'épopées (Scorsese, Lucas, Spielberg, Copolla) va renouer avec les racines mythologiques de ce cinéma pionnier et régénérer une production poussive. Cette génération va ouvrir la voix aux auteurs qui aujourd'hui dynamitent la création Hollywoodienne comme Tarentino ou Robert Rodriguez. Ce livre analyse sans prendre partie et conte l'histoire d'une renaissance.

    Pour répondre à certaines question d'internautes le livre "50 ans de cinéma américain" n'est vendu qu'exclusivement en ligne sur le site Bibliocratie par souscription. C'est le même système qu'Amazon. Il n'est donc pas présent en librairie. C'est une 1er étape avant la mise en librairie qui aura lieu dans un second temps à l'automne 2014.

    Ed Bibliocratie

    http://www.bibliocratie.com/produit/50-ans-de-cinema-americain-du-laureat-avatar/

     

     

    50 ans de cinéma américain   Spielberg l'ogre

     

     

    Voici un extrait du livre et un portrait de Steven Spielberg.

    Ce cinéma populaire, mais très rigoureux et classique dans sa construction, renouant avec l'esprit pionnier d'Hollywood, va voir l'émergence de nouveaux cinéastes très talentueux à l’aube des années 80 comme Walter Hill, James Cameron, John Carpenter, Hugh Hudson, Georges Miller, Robert  Zemeckis, Peter Weir, Brian de Palma. J'exclurai des cinéastes comme Milos Forman ou Roman Polanski qui demeurent pour moi des créateurs spécifiquement européens, d'inspiration et de style.

     

    Les cinéastes, qui perpétuent de façon parfaite la continuité mythique du cinéma classique en la sublimant, sont à mon avis Spielberg, Cimino, Eastwood et  Boorman. Ces cinéastes possèdent tous un style, une inspiration artistique, un ton et une esthétique très différents, mais un facteur commun les réunit : leur goût très prononcé pour l'aventure mythique, pour l'épopée.

     

    SPIELBERG : L'OGRE

     

    Boussinot dans son "Encyclopédie du cinéma" définit ainsi le Wonder Boy d'Hollywood "Spielberg fait partie de cette génération de cinéastes-scénaristes, généralement co-producteurs de leurs films, qui marque l'avènement aux Etats-Unis, d'un cinéma complètement responsable, autant de ses réussites sophistiquées que de ses erreurs".

    Spielberg est né à Cincinatti dans l'Ohio en 1947. Dès qu'il sut marcher, il commença à apprendre à manier une caméra, il tourna une quantité considérable de petits films en 8 mm, puis 16 mm grâce auxquels il se fera remarquer auprès de l'Universal T.V en 1967. Spielberg, comme beaucoup de cinéastes de la génération contestataire, est un auteur issu de la télévision. Ce style télévisuel marquera profondément ses deux premiers films  "Duel" (1971) et "Sugarland Express" (1974). Ces deux films sont très influencés par la mode des Road Movies qui décrivaient les errances de jeunes désaxés sur les immenses étendues de l'Ouest américain. Mais dès son premier film "Duel" qui narre avec efficacité la poursuite et le combat féroce que se livrent un automobiliste et un camionneur, nous commençons à discerner les caractéristiques de son style et son goût prononcé pour la plaisanterie macabre.

    Spielberg, de son propre aveu, est resté un adolescent farceur qui joue à faire peur. Tous ses films sont peuplés de créatures monstrueuses que se doivent de détruire les héros : dinosaure, requin, Nazi, aviateur fou, camion diabolique, fanatiques religieux. Spielberg, plus que le Wonder Boy, est plutôt l'Ogre d'Hollywood, il s'amuse à faire peur à son public préféré : les enfants. Ses peurs enfantines, Spielberg les matérialise sur un écran, puis les exorcise grâce à sa caméra fluide et magique.

     

    50 ans de cinéma américain   Spielberg l'ogre

     

     

    Voici une déclaration de Spielberg lors d’une interview à Télérama dans laquelle il décrit son état d’esprit de spectateur au cinéma. « Il y a quelque chose de formidable avec le cinéma : chaque film vous fait découvrir un sujet ou un univers auquel vous ne pensiez pas vous intéresser et dont tout à coup vous devenez insatiable. Je ne pars jamais au milieu d'un film. S'il ­démarre mal, j'espère qu'il s'arrangera au milieu, et si c'est encore pire ensuite, je compte sur l'une de ces miraculeuses fins hollywoodiennes. Je suis un spectateur optimiste… Dès que le noir se fait, dès que le rideau de l'écran s'ouvre, je suis comme un ­enfant face à un cadeau d'anniversaire ou de Noël. Il y a l'emballage, le ruban, la carte de voeux. J'ai envie de déchirer le papier, mais mes parents m'ont bien ­élevé, donc je commence par lire la carte... Au cinéma, la carte de vœux, c'est le ­générique de fin, on a le cadeau en premier ! »

    Le premier film parfaitement maîtrisé de Spielberg, dans lequel nous commençons à apprécier ses talents de cinéaste et de conteur, est "JAWS" ("Les dents de la mer") tourné en 1975. Spielberg garde encore quelques tics techniques de son apprentissage télévisuel, certains plans de "JAWS" ressemblent à des reportages, sa caméra vagabonde parmi les foules afin de disséquer et d'analyser leurs attitudes sociales.

    "JAWS" est à la lisière du cinéma du réalisme critique et de l'épopée. La première heure du film vise à critiquer l'irresponsabilité, la lâcheté et la corruption des autorités de la station balnéaire en proie aux attaques féroces du requin contre les baigneurs. La deuxième partie du film narre avec une efficacité et une intensité dramatique progressive la lutte que mènent les trois chasseurs contre leur proie. Cette lutte va atteindre un paroxysme déconcertant lorsque la proie deviendra chasseur à son tour et traquera les trois hommes. Spielberg fait alors preuve d'un sens de la progression dramatique réellement exceptionnel, sa caméra ondoyante et très mobile, accentuant le climat de tension du film qui atteindra des sommets lors du dernier quart d'heure.

    Un immense cinéaste était né dont les succès publics allaient engendrer des réactions hostiles de la part des critiques pour lesquels la réussite commerciale est automatiquement une marque de médiocrité créative. Et pourtant, si il est bien une notion d'auteur à apposer sur une œuvre c'est bien celle de Spielberg dont l'univers esthétique saute aux yeux dès que l'on voit un plan d’un de ses films.

    Son oeuvre connaîtra ensuite quelques flottements avec ses deux films suivants "Rencontre du 3ème type" (1978) et "1941" (1979). Ces deux films possèdent des scénarios qui ne parviennent pas à se hisser à la hauteur de la mise en scène magique de Spielberg. Ils restent des exercices de style, un peu vain. C'est en 1981 que Spielberg connaîtra la consécration critique et publique que son talent méritait grâce aux "Aventuriers de l'Arche Perdue" (Raiders of the lost arch) avec Harrison Ford et Karen Allen. Avec ce film, Spielberg relancera définitivement l'épopée et créera un mythe, une légende : celle d'Indiana Jones, l'archéologue aventurier.

     

     

    Guy Ros "50 ans de cinéma américain"   Spielberg l'ogre

     

     

    Les trois films de Spielberg "Les Aventuriers de l'Arche Perdue", "Indiana Jones et le Temple Maudit" (formidable film injustement boudé lors de sa sortie pour cause de violence excessive) et "Indiana Jones et la Dernière Croisade" demeurent les joyaux de ce nouveau cinéma d'aventure hollywoodien. Dans ces trois films d'aventures, Spielberg nous donne une véritable leçon de mise en scène à chaque plan, sa caméra virevoltante plonge le spectateur au coeur du drame, de l'action, elle le suggestionne de façon intense. L'intensité dramatique du film est accentuée par le montage nerveux de Spielberg qui contribue à en faire un héritier de cinéastes classiques comme Ford ou Walsh dont le souci principal demeurait de narrer avec rapidité et de filmer avec nervosité et efficacité. L'humanisme cher aux grands anciens renaît aussi dans les oeuvres généreuses de Spielberg.

    Une des marques caractéristiques de Spielberg réside tout de même dans son climat esthétique. Spielberg, à partir de "Rencontre du 3ème Type", jusqu'à "E.T" ou « AI intelligence artificielle », sut créer une ambiance réellement mystérieuse et inquiétante grâce aux tons bleutés, aux éclairages aux dominantes tamisées qui dominent ses films. Spielberg demeure un cinéaste moderne par le traitement esthétique qu'il applique à ses oeuvres, mais perpétuant tout de même par sa thématique, son goût du mouvement et de l'action, la tradition épique du cinéma hollywoodien. L'humanisme, l'idéalisme, l'humour et l'individualisme des oeuvres de Spielberg s'inscrivent dans la droite lignée des créations classiques. Spielberg reste à mon avis l'héritier le plus fidèle (avec Eastwood) de cette tradition épique hollywoodienne. Walsh, Hawks, Ford, Mann, Curtiz ont creusé le sillon de cette veine épique, virile, nonchalante et surtout héroïque. Spielberg est un Cinéphage (comme Tarentino), il a vu et digéré toutes les grandes œuvres du cinéma américain, mais aussi européen et asiatique, il s’est imprégné des influences des grands maîtres et a trouvé une voix unique et étonnante qui lui a permis de goûter à tous les genres du cinéma sans renier son propre univers.  A ce titre, c’est un auteur majeur du 20e siècle et de ce début du 21e.

    Mais Spielberg ne se contente pas d'être un cinéaste fort talentueux, il devient également un producteur très judicieux dans le choix de ses films à partir de 1981. La maison de production Amblin créée par Spielberg a offert une suite de films fort intéressants possédant tous la griffe du maître, dans lesquels l'aspect fantastique demeure très présent.

    "Gremlins" (1984) de Joe Dante, "Young Sherlock Holmes" (1986) de Barry Levison, "Retour vers le futur" de Zemeckis (1985) "Poltergeist" de Tobe Hooper (1981) ou " Men in black " 1998 de Barry Levinson possèdent tous les qualités des films de Spielberg : scénario rigoureux, humour macabre, narration très fluide, dialogues savoureux, intensité dramatique progressive. Spielberg appose son label de garantie à la plupart de ces films qui s'engouffrent dans le sillon tracé par le Wonder Boy d'Hollywood. En 1997, Spielberg crée Dreamworks et cherche à gagner encore davantage de liberté dans ses œuvres ou celles de ses poulains comme Robert Zemeckis. Seul nouveau studio à avoir été créé depuis la 2e guerre mondiale Dreamworks n’a pas révolutionné la création hollywoodienne, mais a réussi à trouver une place assez singulière en co-produisant parfois certains films à très gros budget.

    En 1986, las d'être la cible privilégiée de critiques qui reprochent à ses films leurs aspects débilitants, voir puérils, Spielberg tourne "The Colour Purple", film traitant selon l'auteur des crises émotionnelles et de l'évolution des sentiments de huit personnages pendant une période d'une quarantaine d'années. "Ce qui m'a attiré", dit Spielberg, "c'est le personnage de Célie, qui a quelque chose d'héroïque. Au départ, c'est une esclave contemporaine du 20ème siècle, mais elle finit par conquérir son intégrité et par devenir une personne à part entière. Cette histoire d'une fille du sud des Etats-Unis décrit le combat contre les circonstances, les traditions et l'exploitation de tous les instants". Spielberg confirme, avec ce film merveilleux, qu'il ne choisit pas ses sujets en fonction d'impératifs économiques. Il filme les sujets qui lui tiennent à coeur et nous montre qu'il est aussi à l'aise dans le drame que dans l'aventure épique. N'est ce pas la marque des grands auteurs ?

    Ses deux  films suivants "Always" (1989) et surtout "Hook" (1991) sont très curieux. "Always" est une fable naïve et sucrée qui surprend par sa candeur. "Hook" est un film militant qui prend définitivement le parti pris de l'enfance contre un monde d'adultes que Spielberg rejette (les adultes sont tous des pirates ou pire encore des avocats.) "Hook" fut fraîchement accueilli par une critique peu encleint à suivre un film aussi farouchement infantile. Alors que dire de "Hook" ? C'est, soit le film pour enfants le plus scintillant qui ait jamais été tourné, soit le pire des navets. Je pencherai pour le premier cas.

     

    Guy Ros "50 ans de cinéma américain"   Spielberg l'ogre

     

    Mais Spielberg ne connaîtra la consécration artistique de ses pairs que dans le milieu des années 90. Coût sur coût Spielberg décroche une pluie d'oscars pour " La liste de Schindler " en 1993 film noir et terriblement émouvant sur l'holocauste, puis avec " Il faut sauver le soldat Ryan " en 1998 avec Tom Hanks épopée sanglante et effroyable sur le débarquement en Normandie des boys américains. La première demi-heure du film demeure l'un des plans séquences les plus inouïs de l'histoire du cinéma. C'est du cinéma coup de poing loin des influences de ses premiers films comme « ET ». Le film est l'aboutissement artistique d'une carrière exceptionnelle pour celui qui relança (avec son compère Lucas) un cinéma américain moribond au milieu des années 70.

    Les années suivantes Spielberg enchainera par la suite des films intimistes comme « Le terminal » avec Tom Hanks et des productions pour enfants comme « Tintin ». Il tourne dans les années 2000 trois films de Sciences fiction absolument fascinants « Minority report » d’après Philippe Dick, « AI intelligence artificielle » un projet de Kubrick auquel il a apporté une humanité bouleversante et enfin une version très spectaculaire de « la Guerre des mondes » en 2005 dans laquelle l’humanisme et la tendresse réussissent à prendre le dessus sur les effets spéciaux. En 2013, son épopée sur Lincoln, une fresque historique animée par le patriotisme, fait l’unanimité de la critique. Enfin Spielberg est pris au sérieux, Cannes lui confie même la présidence du Festival de Cannes en 2012.

    Mais son film le plus personnel, le plus abouti et âpre demeure « Munich » en 2005 avec Eric Bana. Film quasi documentaire, thriller saisissant, œuvre politique courageuse « Munich » est un Ovni dans la filmographie de Spielberg qui surprend encore ses derniers détracteurs en réalisant un film politique pur qui ouvrira la voix à des œuvres comme « Argo »en 2013 qui renouent avec une certaine veine du cinéma contestataire de qualité des Seventies comme les « Hommes du président ». Spielberg surprend tout le monde avec « Munich » et réussit un film âpre, dur, clinique et magnifique.

    La filmographie de Spielberg est éclectique, déroutante parfois, mais homogène. De « Jurassik parc » à « Lincoln » l’humanisme, la rigueur scénaristique, le brio de sa mise en scène et sa direction d’acteurs hors pair parviennent à rendre crédible et fascinante n’importe quel scénario. L’homme a du talent. Ses pairs ont mis du temps à le reconnaitre. Il est enfin installé à la place qu’il mérite à Hollywood comme à Paris : la plus haute.

     

    Guy Ros 

     

    https://www.facebook.com/ros.guy.7?ref=tn_tnmn

    https://twitter.com/guyros48

    http://about.me/guyros

    https://www.linkedin.com/pub/guy-ros/57/113/a70

     

     

     

    Pin It

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :